PARTIE 2
J'ai à peine dormi la première nuit dans la maison au bord du lac.
Le vent faisait claquer les volets et le poêle grinçait comme si quelqu'un marchait sur le bois. J'avais la lettre de Don Aurelio pliée dans la poche de mon manteau et je l'ai lue tant de fois que j'ai fini par mémoriser la dernière phrase : « Mes enfants attendaient ma mort. Vous attendiez mon appel. »
Je pensais que c'était la fin de l'histoire.
J'ai eu tort.
Le lendemain matin, je suis sortie sur la véranda avec une tasse de thé. Le lac était enveloppé de brume, et le silence était si profond que j'entendais mes propres pas sur le plancher humide.
Puis j'ai vu une voiture monter le chemin de terre.
Noir. Grand. Trop élégant pour cet endroit reculé dans les montagnes.
Un homme d'une cinquantaine d'années sortit de la voiture. Costume sombre, lunettes de marque, le même nez que Don Aurelio.
Son fils aîné.
Raul.
Il m'a fixé du regard pendant quelques secondes avant de parler.
—C'était donc vrai.
Je n'ai pas répondu.
—L’avocat nous a caché cette propriété.
—Elle ne l'a pas caché. Elle a exaucé les souhaits de son père.
Raul laissa échapper un petit rire.
—Combien voulez-vous ?
Cette question m'a blessé plus fort qu'une insulte.
-Désolé?
—Tout le monde a un prix. Dites-moi combien et on en aura fini avec cette comédie.
Pendant un instant, j'ai compris beaucoup de choses sur cette famille.
Pour eux, tout n'était qu'une transaction.
La maison, l'héritage, les visites, même le deuil.
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